TikTok, c’est un milliard d’utilisateurs actifs mensuels pour environ 10 000 modérateurs à travers le monde. On les appelle les “Nettoyeurs du Web”, ces femmes et ces hommes recrutés pour filtrer et bloquer les contenus contrevenant aux règles d’utilisation de la plateforme, passées entre les mailles de la modération automatisée. Cependant les modérateurs des plateformes numériques sont exposés quotidiennement aux pires contenus imaginables et qui laissent à certains des séquelles.

« Pire emploi dans la technologie »

Tous les trimestres, le réseau supprime 80 millions de vidéos litigieuses. L’année dernière, la plupart l’ont été par des modérateurs humains. TikTok a mis en place un système de contrôle automatisé destiné à soulager les équipes, pas à les remplacer. Cependant de nombreux employés finissent par souffrir de dépression, symptômes caractéristiques du trouble post-traumatique, et d’idées suicidaires dues à ce travail. Le rôle des modérateurs est de filtrer le contenu en regardant et assistant à des vidéos avec « de nombreux actes de violence extrême et graphique », dont des meurtres, de la bestialité, de la nécrophilie et bien d’autres images troublantes.

« Nous avons vu la mort et la pornographie très graphique. Je voyais des filles mineures nues tous les jours. J’ai regardé des gens se faire tirer dessus et une autre vidéo d’un enfant battu, ce qui m’a fait pleurer pendant deux heures d’affilée », a confié la plaignante Ashley Velez.

De cette manière deux anciens modérateurs de TikTok ont ​​poursuivi la société pour dommages et détresse émotionnelle en raison de la vision de plusieurs vidéos dérangeantes. Le procès vise à accuser TikTok de négligence et de violation des lois du code du travail en Californie, l’État où les opérations de la plateforme sociale sont basées aux États-Unis. 

Un rythme de travail effréné  

Tous décrivent, au-delà de l’horreur des images, la cadence infernale du visionnage : moins de 25 secondes d’examen par vidéo et la nécessité d’en visionner plusieurs en même temps. Les modérateurs ont droit à deux pauses d’un quart d’heure et un arrêt-déjeuner dans une journée de douze heures. Cela fait entre 1500 et 2000 vidéos ingurgitées par jour. Le salaire des deux plaignants était lié à leur efficacité dans le traitement des contenus. L’accompagnement proposé par ailleurs a été pointé du doigt, jugé très insuffisant. La plainte note également qu’un accord de non-divulgation interdisait aux employés de partager ce qu’ils endurent avec leurs proches. Ce procès permettra donc d’établir la responsabilité de TikTok vis-à-vis de ces travailleurs qui ne sont pas salariés, mais employés de prestataires.