Filmer ses courses est devenu un véritable phénomène sur les réseaux sociaux : comment l’expliquer ?

Publié le : 28.07.2026
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filmer ses courses est devenu un véritable phénomène sur les réseaux sociaux

Un chariot rempli, un ticket de caisse posé devant la caméra et des produits sortis un par un sur la table de la cuisine. Sur TikTok, YouTube et Instagram, des créateurs filment désormais leurs courses alimentaires dans les moindres détails. Certains dévoilent le contenu d’un plein de courses pour une famille nombreuse, tandis que d’autres tentent de préparer une semaine de repas avec un budget limité.

Sommaire

Ces vidéos, souvent désignées par les expressions « grocery haul », « retour de courses » ou « shop with me », transforment une tâche parfaitement ordinaire en véritable contenu de divertissement. Elles permettent de comparer les prix, de découvrir de nouveaux produits et parfois de satisfaire une simple curiosité : que mangent les autres et combien dépensent-ils réellement au supermarché ?

Des vidéos de courses qui existaient déjà sur YouTube

Le phénomène n’est pas entièrement nouveau. Les vidéos « haul », dans lesquelles une personne présente ses derniers achats face à la caméra, se sont développées sur YouTube dès la fin des années 2000. Elles concernaient alors principalement les vêtements, les produits de beauté et les accessoires.

Les courses alimentaires ont progressivement rejoint ce format. Des vidéastes ont commencé à montrer leurs achats de la semaine, à expliquer la composition de leurs menus et à dévoiler le montant payé dans différentes enseignes. YouTube considère d’ailleurs depuis longtemps les « shopping hauls » et les vidéos de déballage comme des formats importants dans le parcours d’achat de ses utilisateurs.

Avec TikTok, les Reels Instagram et les YouTube Shorts, ces contenus ont toutefois changé de rythme. Une vidéo de vingt minutes consacrée aux courses du mois peut désormais être résumée en moins d’une minute, avec le montant du ticket affiché dès les premières secondes et les produits montrés très rapidement.

Le prix des courses est devenu le véritable sujet

Le succès de ces vidéos s’explique d’abord par l’importance prise par le budget alimentaire. Les internautes ne regardent plus seulement ce que les créateurs achètent. Ils veulent connaître l’enseigne choisie, le nombre de personnes à nourrir, la durée couverte par les achats et surtout le montant final.

Les titres insistent fréquemment sur cette dimension : « une semaine de courses pour 50 euros », « combien coûte un plein de courses pour cinq personnes ? » ou encore « tout ce que j’ai acheté chez Lidl avec 100 euros ». Le ticket de caisse devient parfois aussi important que les produits eux-mêmes.

En France, même si la hausse des prix a ralenti par rapport aux années 2022 et 2023, l’alimentation reste un poste de dépense particulièrement surveillé. L’Insee indiquait encore une inflation alimentaire de 1,1 % sur un an en mai 2026, tandis que le pouvoir d’achat par unité de consommation avait diminué de 0,7 % en 2025.

Dans ce contexte, regarder les courses d’un autre foyer permet de se comparer. Certains spectateurs cherchent des idées pour réduire leur budget. D’autres veulent simplement savoir si leur propre ticket paraît élevé par rapport à celui d’une famille similaire.

Les créateurs transforment une contrainte quotidienne en divertissement

Faire les courses concerne presque tout le monde. Le format ne nécessite donc aucune connaissance particulière pour être compris. En quelques secondes, le spectateur reconnaît une enseigne, un produit qu’il achète lui-même ou une hausse de prix qu’il a également remarquée.

Cette proximité rend le contenu plus accessible qu’une vidéo consacrée à un voyage coûteux ou à un produit de luxe. Un paquet de pâtes, une bouteille de lait ou une boîte de céréales peut déclencher autant de commentaires qu’un achat exceptionnel, précisément parce que chacun possède sa propre opinion sur ces produits.

Les vidéos sont aussi construites comme de petites histoires. Le créateur annonce un budget, parcourt les rayons, hésite entre plusieurs références puis révèle le montant total au passage en caisse. Même lorsque la sortie au supermarché est banale, la présence d’une limite financière ou d’un objectif transforme la vidéo en défi.

Une manière d’entrer dans l’intimité des autres

Le contenu d’un réfrigérateur ou d’un panier de courses révèle de nombreuses informations sur une personne. Il peut donner des indications sur ses habitudes, son niveau de vie, la composition de son foyer, ses contraintes alimentaires et la façon dont elle organise ses repas.

Cette dimension explique en partie la curiosité suscitée par les « grocery hauls ». Regarder les achats d’une famille nombreuse, d’un étudiant, d’un sportif ou d’une personne vivant seule revient à observer une partie très concrète de son quotidien.

Le spectateur ne découvre pas uniquement des produits. Il entre virtuellement dans la cuisine du créateur, assiste au rangement des placards et comprend comment seront préparés les repas des prochains jours. Cette impression de proximité renforce la relation entre le compte et sa communauté.

Les vidéos de rangement prolongent encore le phénomène

Le contenu ne s’arrête généralement pas au passage en caisse. Après le « retour de courses », de nombreux créateurs filment le rangement du réfrigérateur, le remplissage des bocaux ou la préparation des repas de la semaine.

Ces vidéos « restock » reposent sur une mise en scène particulièrement soignée. Les emballages sont retirés, les fruits sont lavés, les boissons sont alignées et les aliments sont transférés dans des contenants transparents. Les sons produits par les bouteilles, les boîtes et les glaçons sont parfois amplifiés pour créer un effet proche de l’ASMR.

Le résultat est agréable à regarder, mais pas toujours représentatif du quotidien. Certains réfrigérateurs parfaitement remplis nécessitent un budget important, de nombreux contenants et beaucoup de temps de préparation. Le spectateur assiste alors moins à un simple rangement qu’à une véritable production visuelle.

Les commentaires font partie intégrante de la vidéo

Les courses alimentaires déclenchent facilement des débats. Un produit peut être jugé trop cher, trop transformé, inutile ou acheté en quantité excessive. À l’inverse, certains internautes félicitent le créateur pour son organisation ou lui demandent ses recettes.

Les différences de prix entre les régions et les pays alimentent également les réactions. Un panier considéré comme économique par une personne peut sembler extrêmement coûteux à une autre. Les habitudes culturelles, la taille des portions et les enseignes disponibles rendent les comparaisons presque infinies.

Cette capacité à provoquer des commentaires est particulièrement intéressante pour les créateurs. Ils peuvent répondre aux critiques dans une nouvelle vidéo, expliquer pourquoi ils achètent un produit ou relever un nouveau défi proposé par leur audience. Les courses deviennent ainsi une série récurrente plutôt qu’un contenu isolé.

Un format particulièrement intéressant pour les marques

Les enseignes alimentaires et les fabricants ont rapidement identifié le potentiel de ces contenus. Une vidéo de courses permet d’intégrer un produit dans une situation réelle, au milieu de références achetées spontanément par le créateur.

Le placement paraît souvent plus naturel qu’une publicité classique. Le produit peut être présenté comme une découverte faite dans un rayon, une nouveauté virale ou un ingrédient prévu pour une recette. TikTok cite d’ailleurs officiellement les « grocery hauls », les échanges de recettes et les vidéos « cook with me » parmi les formats utilisés pour faire participer les consommateurs autour de l’alimentation.

Cette influence peut dépasser la simple visibilité. Des produits alimentaires montrés massivement par des créateurs peuvent connaître une hausse soudaine de la demande, jusqu’à devenir difficiles à trouver dans certaines enseignes. Les réseaux sociaux interviennent alors directement dans la manière dont les consommateurs préparent leur prochaine liste de courses.

Entre conseils utiles et incitation à la surconsommation

Toutes les vidéos de courses ne poursuivent pas le même objectif. Certaines sont centrées sur les promotions, les marques de distributeur, les menus économiques ou la lutte contre le gaspillage. Elles peuvent fournir des informations réellement utiles à des personnes cherchant à mieux organiser leur budget.

D’autres contenus reposent au contraire sur l’accumulation. Les chariots débordent, les placards sont remplis de plusieurs exemplaires du même produit et le montant dépensé devient un élément de spectacle. Une créatrice américaine a par exemple généré plusieurs millions de vues après avoir présenté un panier de 476,68 dollars contenant notamment 32 pizzas surgelées, provoquant un vaste débat sur les dépenses alimentaires et le stockage excessif.

Face à ces critiques, certains créateurs détournent désormais le format. Des vidéos montrent des courses destinées à des associations, à des banques alimentaires ou à des garde-manger solidaires. Le plaisir visuel du « haul » est conservé, mais les produits sont ensuite donnés plutôt que stockés pour les besoins d’une seule personne.

Pourquoi ces vidéos ne devraient pas disparaître

Le succès des retours de courses repose finalement sur une combinaison particulièrement efficace. Le sujet est universel, les prix suscitent la curiosité, les produits permettent de se comparer et le rangement apporte une dimension visuelle satisfaisante.

Ces contenus s’adaptent aussi facilement à l’actualité. Lorsque les prix augmentent, les créateurs lancent des défis économiques. Lorsqu’un aliment devient viral, ils partent le chercher en magasin. Lorsqu’une enseigne commercialise une nouveauté, les premiers tests apparaissent immédiatement dans les fils de recommandation.

Filmer ses courses permet ainsi de transformer une activité ordinaire en contenu sur la consommation, l’alimentation, l’organisation et le niveau de vie. Derrière un simple chariot se trouvent désormais tous les ingrédients recherchés par les plateformes : une histoire facile à comprendre, des produits reconnaissables, un montant à découvrir et suffisamment de matière pour faire réagir les internautes.

Sources

YouTube – 4 creators share tips on how to use YouTube Shopping
https://blog.youtube/creator-and-artist-stories/creator-tips-youtube-shopping-merch/

TikTok for Business – Food & Grocery Advertising Guide
https://ads.tiktok.com/business/en-SG/guides/food-and-grocery-guide

Insee – La consommation des ménages en 2025
https://www.insee.fr/fr/statistiques/9006503

Insee – L’industrie tient la barre, les ménages accusent le coup
https://www.insee.fr/fr/statistiques/fichier/9007948/ndc-juin-2026.pdf

MarketWatch – TikTok calls her “32 pizzas mom”
https://www.marketwatch.com/story/tiktok-calls-her-32-pizzas-mom-what-her-videos-can-teach-us-about-how-we-spend-money-102cce4d

People – Woman Spends Hundreds Restocking Little Free Pantries
https://people.com/woman-restocks-free-pantry-with-300-of-school-supplies-exclusive-11793578

Bertrand Marquette

Expert en marketing web, SEO et influence digitale, Bertrand décrypte les stratégies de visibilité utilisées par les marques, médias et créateurs de contenu. Spécialiste de l’acquisition d’audience, de la monétisation et des nouveaux leviers d’influence, il analyse l’évolution du marketing d’influence, de la creator economy et des tendances qui façonnent la communication digitale.

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