Un ancien téléphone abandonné dans un tiroir ne vaut peut-être plus grand-chose sur le marché de l’occasion. Il contient pourtant de l’or, du cuivre, de l’argent et d’autres matériaux qui peuvent être récupérés. Des chercheurs suisses sont même parvenus à produire une pépite d’or 22 carats à partir de cartes électroniques usagées, grâce à une méthode utilisant un sous-produit de l’industrie fromagère.
Sommaire
Un vieil iPhone à l’écran cassé, un Samsung qui ne s’allume plus ou un Nokia conservé depuis quinze ans peuvent sembler totalement inutiles. À l’intérieur de ces appareils se trouvent pourtant de petites quantités de métaux précieux.
L’or est notamment utilisé dans certains composants électroniques, sur les circuits imprimés, les connecteurs et les points de contact. Ce métal est recherché par les fabricants parce qu’il conduit efficacement l’électricité et résiste à la corrosion.
La quantité présente dans chaque appareil reste minuscule et varie selon le modèle, son année de fabrication et la conception de ses composants. Mais à l’échelle de milliers ou de millions de téléphones, ces fractions de gramme forment une véritable mine urbaine.
Une pépite d’or 22 carats produite avec des cartes électroniques
L’information à l’origine de cette découverte vient d’une étude menée par des chercheurs de l’École polytechnique fédérale de Zurich, plus connue sous le nom d’ETH Zurich.
Dans une expérience dévoilée en 2024, l’équipe a récupéré une pépite pesant environ 450 milligrammes à partir de 20 anciennes cartes mères d’ordinateur. L’or obtenu présentait une pureté proche de 91 %, ce qui correspond à environ 22 carats.
Il est donc important de ne pas déformer le résultat : chaque téléphone ou chaque carte mère ne contient pas individuellement 450 milligrammes d’or 22 carats. Les 450 milligrammes correspondent au résultat cumulé obtenu après le traitement de 20 cartes électroniques.
De la même manière, le terme « 22 carats » ne décrit pas l’or tel qu’il se trouve directement dans votre ancien portable. Il désigne la pureté de la pépite produite à la fin du procédé d’extraction et de purification.
Le procédé utilise un déchet issu de la fabrication du fromage
La partie la plus étonnante de cette innovation ne vient peut-être pas des cartes électroniques, mais du matériau utilisé pour capturer l’or.
Les chercheurs ont récupéré des protéines de lactosérum, un sous-produit de l’industrie laitière notamment produit pendant la fabrication du fromage. Ces protéines ont été transformées en nanofibrilles, puis assemblées sous la forme d’une sorte d’éponge appelée aérogel.
Les parties métalliques des cartes électroniques ont d’abord été dissoutes dans une solution acide afin de transformer les métaux en ions. L’éponge protéique a ensuite capturé de manière préférentielle les ions d’or présents dans le mélange.
Après chauffage, les particules métalliques ont pu être récupérées, puis fondues pour former la petite pépite de 450 milligrammes.
Le procédé présente un double intérêt : il permet de valoriser des déchets électroniques tout en réutilisant un résidu de l’industrie alimentaire. Les chercheurs estiment également que la valeur de l’or récupéré pourrait largement dépasser les dépenses énergétiques et les coûts des matériaux nécessaires à son extraction.
Pourquoi trouve-t-on de l’or dans les iPhone, Samsung et Nokia ?
L’or n’est pas ajouté dans un smartphone pour son apparence. Il est utilisé en très fines couches dans des zones où la fiabilité électrique est essentielle.
On peut notamment le retrouver dans :
- les circuits imprimés ;
- certains connecteurs et contacts électriques ;
- les composants liés aux caméras ;
- les puces et leurs connexions internes ;
- certaines parties de la carte mère.
La Commission européenne confirme que l’or peut être présent dans les composants électroniques, la finition des circuits imprimés, les connecteurs et les zones de contact des smartphones.
Cette présence ne concerne pas seulement Apple. Les téléphones Samsung, Nokia et les appareils d’autres fabricants utilisent eux aussi des circuits et connecteurs susceptibles de contenir de petites quantités d’or. La composition exacte diffère toutefois selon les générations et les modèles.
Apple indique par exemple utiliser de l’or recyclé certifié dans le placage de plusieurs circuits imprimés de ses produits. L’iPhone 13 avait été le premier appareil de la marque à intégrer ce matériau recyclé dans le placage de sa carte logique principale.
Une tonne de téléphones peut contenir plusieurs centaines de grammes d’or
Pris séparément, un ancien portable ne permettra pas à son propriétaire de faire fortune. La logique change complètement lorsque les appareils sont collectés et traités en grande quantité.
Selon une recommandation publiée par l’Union internationale des télécommunications, une tonne de téléphones mobiles usagés peut permettre de récupérer jusqu’à 400 grammes d’or. À titre de comparaison, une tonne de minerai aurifère peut ne fournir que quelques grammes du métal précieux.
Cette concentration explique pourquoi les déchets électroniques sont parfois décrits comme des mines urbaines. Le recyclage ne concerne d’ailleurs pas seulement l’or : les smartphones contiennent également du cuivre, de l’argent, du cobalt, du palladium, de l’étain et différents métaux stratégiques.
Apple affirme qu’une tonne de composants d’iPhone démontés par ses robots de recyclage permet de récupérer une quantité d’or et de cuivre comparable à celle qui serait extraite de 2 000 tonnes de roche minière.
Des millions de téléphones dorment encore dans les tiroirs
Le problème est que ces métaux ne peuvent être récupérés que si les appareils rejoignent une véritable filière de réemploi ou de recyclage.
De nombreux utilisateurs conservent leurs anciens téléphones à la maison, par crainte de perdre leurs photos, dans l’idée de les utiliser un jour comme appareil de secours ou simplement parce qu’ils ne savent pas où les déposer.
À l’échelle mondiale, 62 millions de tonnes de déchets électroniques ont été produites en 2022, selon le Global E-waste Monitor 2024. Seuls 22,3 % de ces déchets ont été officiellement collectés et recyclés dans des conditions documentées.
Le volume mondial pourrait atteindre 82 millions de tonnes en 2030 si la tendance actuelle se poursuit. Smartphones, ordinateurs, téléviseurs, jouets électroniques et petits appareils domestiques représentent donc un réservoir considérable de matières premières encore insuffisamment exploité.
Votre vieux téléphone vaut souvent plus entier que fondu
La présence d’or ne signifie pas qu’il faut immédiatement envoyer un ancien téléphone au broyage. La meilleure solution environnementale reste généralement de prolonger sa durée de vie lorsqu’il fonctionne encore.
Un appareil utilisable peut être :
- revendu sur le marché de l’occasion ;
- reconditionné ;
- donné à un proche ou à une association ;
- réparé ;
- utilisé comme téléphone de secours ;
- transformé en webcam, télécommande ou seconde caméra.
Le smartphone est devenu une véritable caméra de poche pour les créateurs. Influenth a notamment présenté plusieurs innovations qui changent la manière de créer sur TikTok et Instagram. Même ancien, un appareil encore fonctionnel peut donc conserver un usage concret.
Il peut aussi servir à produire des images sans investir immédiatement dans du nouveau matériel, notamment en appliquant ces astuces pour se prendre en photo seul avec un smartphone.
Le recyclage doit surtout intervenir lorsque le téléphone est irréparable, trop endommagé ou techniquement inutilisable.
Comment recycler correctement un ancien portable en France ?
Un téléphone ne doit jamais être jeté dans la poubelle des ordures ménagères. Il appartient à la catégorie des déchets d’équipements électriques et électroniques, les DEEE, qui font l’objet d’une collecte séparée.
Avant de vous en séparer, pensez à :
- sauvegarder vos photos, messages et documents importants ;
- vous déconnecter de vos comptes Apple, Google et Samsung ;
- désactiver les fonctions de localisation et de verrouillage ;
- retirer la carte SIM et la carte mémoire ;
- restaurer l’appareil avec ses paramètres d’usine.
Le téléphone peut ensuite être rapporté dans un magasin proposant une collecte, déposé en déchèterie, confié à une association ou envoyé à un organisme spécialisé.
L’éco-organisme ecosystem propose notamment un service permettant d’envoyer gratuitement ses anciens téléphones. Les appareils sont testés afin de déterminer s’ils peuvent être réemployés. Lorsqu’ils ne peuvent pas avoir de seconde vie, leurs composants sont orientés vers une filière de recyclage.
N’essayez surtout pas d’extraire l’or chez vous
Les vidéos montrant des internautes récupérer de l’or sur des circuits électroniques peuvent donner l’impression que l’opération est accessible. Ce n’est pas le cas.
Les méthodes d’extraction nécessitent souvent des acides extrêmement corrosifs, des températures élevées et des installations capables de traiter les vapeurs et résidus toxiques. Une mauvaise manipulation peut provoquer de graves brûlures, une intoxication ou une pollution durable.
L’expérience de l’ETH Zurich a été réalisée dans un laboratoire avec un protocole contrôlé. Elle ne constitue en aucun cas une méthode à reproduire dans une cuisine, un garage ou un atelier non équipé.
Le véritable trésor se trouve dans l’accumulation
Votre ancien iPhone, Samsung ou Nokia ne contient probablement que quelques traces d’or, impossibles à récupérer rentablement à l’échelle individuelle. Mais additionnés aux millions d’autres téléphones inutilisés, ces appareils représentent une réserve considérable de métaux précieux.
La pépite de 22 carats obtenue par les chercheurs suisses montre surtout qu’il est possible de transformer deux types de déchets — électroniques et alimentaires — en une nouvelle ressource de grande valeur.
Le véritable trésor ne se trouve donc pas dans un téléphone isolé. Il réside dans notre capacité à collecter, réemployer et recycler correctement tous les appareils qui dorment encore dans nos placards.
Sources
- ETH Zurich — Turning waste into gold
- Étude scientifique — Gold Recovery from E-Waste by Food-Waste Amyloid Aerogels
- Global E-waste Monitor 2024
- Union internationale des télécommunications — recyclage des métaux rares
- Apple — récupération et utilisation de matériaux recyclés
- Service-Public.fr — collecte des déchets d’équipements électriques et électroniques
- ecosystem — donner ou recycler un téléphone portable















