Les Français créent moins de contenu sur les réseaux : le scroll passif est-il en train de tuer le web social ?

Publié le : 01.07.2026
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scroll sur les réseaux

Les réseaux sociaux portent encore très bien leur nom, mais leur usage a profondément changé. En France, ils restent massifs, quotidiens, incontournables. Pourtant, une tendance s’installe : les utilisateurs y passent toujours beaucoup de temps, mais ils publient moins, commentent moins, exposent moins leur vie et consomment davantage les contenus produits par une minorité de créateurs, de marques et de médias.

Sommaire

Selon le Digital Report France 2026, la France compte 51,5 millions d’identités utilisatrices des réseaux sociaux, soit 77,2 % de la population. Le pays est donc loin d’un désintérêt pour les plateformes. Mais un chiffre attire particulièrement l’attention : seuls 11,7 % des utilisateurs citent encore la création de contenu comme une raison d’utiliser les réseaux sociaux, un niveau en baisse d’environ 5 points en cinq ans.

La nuance est importante. Cela ne signifie pas que seuls 11,7 % des Français publient quelque chose. Cela signifie que la publication active n’est plus une motivation centrale pour la majorité des utilisateurs. Le réflexe dominant n’est plus forcément de créer, mais de regarder. Le feed devient moins un espace de conversation qu’un flux de divertissement, d’information, d’inspiration et de vidéos courtes.

Des réseaux toujours massifs, mais moins participatifs

Les chiffres d’usage confirment que les réseaux sociaux n’ont pas disparu du quotidien. D’après DataReportal, 63,4 millions de personnes utilisaient internet en France fin 2025, soit 95,2 % de la population. Parmi elles, 51,5 millions d’identités sociales étaient recensées sur les plateformes.

We Are Social et Meltwater indiquent également que les Français passent en moyenne 12 heures et 32 minutes par semaine sur les réseaux sociaux. Le sujet n’est donc pas une baisse de présence. Il s’agit plutôt d’un changement de comportement à l’intérieur même des plateformes.

Autrefois, Facebook, Instagram ou Snapchat reposaient fortement sur les publications personnelles : photos de vacances, statuts, commentaires, albums, messages publics, stories entre amis. Aujourd’hui, une grande partie de l’expérience ressemble davantage à une télévision personnalisée, alimentée par des algorithmes et des contenus recommandés.

Le chiffre qui change la lecture : 11,7 %

Le chiffre de 11,7 % est central, mais il doit être interprété correctement. Il ne mesure pas l’ensemble des utilisateurs ayant publié au moins une fois. Il indique la part des personnes qui déclarent utiliser les réseaux sociaux pour créer du contenu.

Ce glissement est révélateur. Les plateformes peuvent rester très fréquentées tout en devenant moins sociales au sens historique du terme. Les utilisateurs n’y vont plus nécessairement pour raconter leur vie, créer des posts ou contribuer au débat. Ils y vont pour passer le temps, suivre des proches, regarder des vidéos, trouver des idées, s’informer ou observer les autres.

Le Blog du Modérateur, qui reprend les données du Digital Report France 2026, indique que les trois principaux motifs d’usage des réseaux sociaux en France sont le contact avec la famille et les amis (55,9 %), le fait de passer le temps (43,7 %) et la découverte de nouvelles histoires (30,4 %). La création active arrive bien plus loin dans les motivations.

IndicateurDonnée 2026Ce que cela indique
Identités utilisatrices des réseaux sociaux en France51,5 millionsLes plateformes restent massives
Part de la population concernée77,2 %Les réseaux touchent une majorité du pays
Temps moyen passé sur les réseaux12 h 32 par semaineL’usage reste très élevé
Utilisateurs citant la création de contenu comme motivation11,7 %La publication active devient minoritaire dans les intentions
Motif “passer le temps”43,7 %Le scroll devient une fonction majeure

TikTok, YouTube, Instagram : la vidéo courte accélère le basculement

La montée du scroll passif est indissociable de la vidéo courte. TikTok a imposé une expérience où l’utilisateur n’a presque rien à faire : ouvrir l’application, faire défiler, laisser l’algorithme tester des contenus, rester si la vidéo accroche, passer à la suivante si elle déçoit.

En France, TikTok reste la plateforme sur laquelle les utilisateurs passent le plus de temps : environ 1 h 33 par jour en moyenne sur son application Android. YouTube suit avec 1 h 16 par jour, puis Instagram avec 1 h 14. Ces durées montrent que les usages les plus chronophages se concentrent désormais autour de formats vidéo et de recommandations algorithmiques.

Ce modèle change le rapport à la participation. Sur TikTok, il n’est pas nécessaire de suivre beaucoup de comptes pour recevoir du contenu. Il n’est pas nécessaire d’avoir des amis actifs. Il n’est même pas nécessaire de publier. L’algorithme suffit à produire une expérience intense, personnalisée et continue.

Le web social devient-il un web de spectateurs ?

Le terme “réseau social” suggère une interaction horizontale entre individus. Pourtant, l’usage se rapproche de plus en plus d’un modèle vertical : quelques comptes produisent, une grande masse regarde, réagit parfois, partage occasionnellement, mais crée peu.

Ce phénomène n’est pas totalement nouveau. Depuis les débuts du web participatif, une minorité d’utilisateurs produit l’essentiel des contenus. Mais ce qui change aujourd’hui, c’est l’ampleur de l’industrialisation. Les plateformes poussent davantage les contenus susceptibles de retenir l’attention, même lorsqu’ils ne proviennent pas de proches.

Dans ce contexte, l’utilisateur ordinaire devient moins un membre actif d’un réseau qu’un consommateur de flux. Il n’écrit plus forcément un post. Il ne publie plus nécessairement une photo. Il scrolle, sauvegarde, like, partage en message privé, envoie à un ami, puis continue.

Pourquoi les Français publient moins

Plusieurs facteurs peuvent expliquer ce recul de la création active. Le premier est la fatigue d’exposition. Publier un contenu personnel implique de se montrer, de se rendre visible, d’accepter le jugement, les vues, les réactions ou l’absence de réactions.

Sur Instagram, beaucoup d’utilisateurs ont progressivement déplacé leurs échanges vers les messages privés, les groupes restreints ou les stories destinées à un cercle limité. Le feed public, lui, est devenu plus professionnel, plus esthétique, plus calibré. Résultat : publier “simplement” devient plus intimidant.

Le deuxième facteur est la montée du niveau de production. Face à des créateurs qui publient des vidéos montées, des miniatures travaillées, des scripts, des Reels rythmés, des carrousels design et des contenus optimisés, l’utilisateur classique peut avoir l’impression que ses propres publications sont moins légitimes.

Le troisième facteur est l’algorithme. Sur de nombreuses plateformes, la visibilité ne dépend plus seulement du réseau d’amis ou d’abonnés, mais de la capacité d’un contenu à performer. Pour un utilisateur ordinaire, poster sans être vu peut devenir décourageant. Regarder demande moins d’effort que publier dans le vide.

Le paradoxe des plateformes : plus d’usage, moins de vie sociale

Les réseaux sociaux gagnent du temps d’attention, mais perdent parfois en interaction sociale directe. Les utilisateurs y restent longtemps, mais pas toujours pour échanger. Ils s’y divertissent, s’y informent, s’y comparent, y découvrent des produits ou des créateurs, mais la conversation publique se réduit.

Le Reuters Institute for the Study of Journalism note une évolution similaire dans l’information. En 2026, les réseaux sociaux et plateformes vidéo sont devenus, à l’échelle des 48 marchés étudiés, la première voie d’accès aux informations en ligne. Mais une partie de cette consommation est très peu intentionnelle : beaucoup d’utilisateurs voient passer de l’actualité alors qu’ils étaient en ligne pour autre chose.

Cette logique correspond parfaitement au scroll passif. L’utilisateur ne vient pas toujours chercher une information, un débat ou une interaction. Il vient occuper un moment. Le contenu arrive. La plateforme décide souvent de l’ordre, du format et de l’intensité.

Les marques deviennent dépendantes des créateurs

Pour les marques, cette évolution est majeure. Si les utilisateurs ordinaires publient moins, les contenus spontanés autour des produits, des expériences ou des services deviennent plus rares. Les marques doivent alors s’appuyer davantage sur des profils capables de produire régulièrement : influenceurs, créateurs UGC, médias, experts, ambassadeurs ou communautés professionnelles.

Le marché de l’influence bénéficie directement de ce basculement. Quand les fils d’actualité sont moins alimentés par les proches et davantage par des contenus recommandés, les créateurs deviennent les nouveaux fournisseurs de matière sociale. Ils produisent ce que les autres consomment.

C’est aussi ce qui renforce la valeur des micro-créateurs. Dans un environnement saturé de contenus professionnels, un profil de niche, crédible, régulier et proche de sa communauté peut offrir à une marque une forme d’authenticité que les campagnes classiques peinent à recréer.

Le contenu utilisateur ne disparaît pas, il se déplace

Dire que les Français “ne créent plus” serait excessif. La création ne disparaît pas totalement. Elle change de lieu, de forme et de degré de visibilité.

Beaucoup d’échanges se font désormais en privé : messages Instagram, groupes WhatsApp, discussions Snapchat, Discord, commentaires dans des espaces fermés, partages en DM. Les utilisateurs continuent à produire des réactions, des avis, des images ou des vidéos, mais pas toujours dans des espaces publics et indexables.

Cette bascule vers le privé change la nature du web social. Moins de contenus personnels visibles publiquement, mais davantage de circulation souterraine. Une vidéo TikTok peut être vue par des millions de personnes, puis circuler massivement dans des conversations privées sans laisser de trace publique proportionnelle.

La génération Z ne publie pas forcément moins par désintérêt

Il serait trop simple de dire que les jeunes générations sont devenues passives. Elles créent encore, mais pas toujours selon les codes des anciens réseaux sociaux. Elles peuvent monter des vidéos, alimenter des comptes secondaires, participer à des trends, commenter dans des communautés, envoyer des contenus en privé ou publier dans des formats éphémères.

La différence, c’est que la publication publique permanente est moins naturelle qu’avant. Le feed Instagram est devenu une vitrine. TikTok valorise la performance. LinkedIn impose des codes professionnels. X expose davantage aux conflits. Facebook est moins central chez les jeunes. Dans cet environnement, beaucoup préfèrent regarder, réagir ou partager discrètement.

Les données Médiamétrie montrent par ailleurs que les plus jeunes restent très exposés aux réseaux. Les 11-14 ans passent en moyenne 1 h 47 par jour sur les réseaux sociaux et messageries instantanées, soit 63 % de leur temps quotidien passé sur internet. La question n’est donc pas leur présence, mais la qualité de cette présence.

Les médias aussi sont touchés par ce basculement

Le scroll passif ne concerne pas seulement les marques. Il transforme aussi l’accès à l’information. Le Reuters Institute indique qu’en France, 29 % des répondants disent obtenir certaines informations via des créateurs, même si seuls 3 % déclarent que ces créateurs répondent à tous leurs besoins d’information.

Autrement dit, les créateurs ne remplacent pas totalement les médias, mais ils deviennent des portes d’entrée. Les internautes ne vont pas toujours chercher un article. Ils tombent sur une vidéo, un extrait, un commentaire, un résumé, puis décident éventuellement d’aller plus loin.

Pour les médias, cela crée un dilemme. Il faut produire une information fiable, mais aussi comprendre les formats de distribution. Le contenu doit exister sur un site, mais aussi survivre dans les flux, les vidéos courtes, les recommandations, les extraits et les partages privés.

Un risque : moins de participation, plus de dépendance aux algorithmes

Lorsque la majorité des utilisateurs consomme sans produire, le pouvoir des algorithmes augmente. Ce sont eux qui choisissent une grande partie des contenus visibles. Ils déterminent ce qui mérite d’être montré, répété, testé, amplifié ou oublié.

Dans un web plus participatif, l’utilisateur voyait davantage ce que publiaient ses proches. Dans un web de recommandation, il voit ce que la plateforme pense devoir lui montrer. La différence est considérable.

Ce modèle peut être très efficace pour découvrir des contenus pertinents. Mais il peut aussi enfermer l’utilisateur dans des boucles de divertissement, d’indignation, de comparaison ou de consommation. Plus l’utilisateur scrolle sans intention claire, plus la plateforme prend la main sur son attention.

Le “scroll passif” n’est pas forcément un mal absolu

Il faut éviter une lecture trop morale. Consommer du contenu sans publier n’est pas forcément problématique. Regarder une vidéo utile, suivre un tutoriel, découvrir un créateur, rire devant un format court ou s’informer via une plateforme peut avoir une vraie valeur.

Le problème apparaît lorsque le scroll devient automatique, prolongé, peu satisfaisant et difficile à interrompre. Une plateforme peut alors capter beaucoup de temps sans produire beaucoup de lien social, d’apprentissage ou de bien-être.

La question n’est donc pas de condamner le scroll, mais de comprendre ce qu’il remplace. Remplace-t-il une conversation ? Une publication personnelle ? Une lecture longue ? Un moment de repos ? Une activité créative ? Une recherche active d’information ?

Ce que cela change pour les créateurs de contenu

Pour les créateurs, cette évolution est une opportunité autant qu’une pression. D’un côté, moins d’utilisateurs ordinaires publient activement : les créateurs réguliers occupent donc plus d’espace dans les flux. De l’autre, la concurrence entre créateurs devient plus intense, car les plateformes ont besoin de contenus capables de retenir l’attention.

La qualité, la régularité, le montage, la narration, le rythme et l’angle deviennent essentiels. Un créateur ne concurrence plus seulement les autres comptes de sa niche. Il concurrence toutes les formes de divertissement disponibles dans le feed.

Cette professionnalisation explique la montée des formats UGC, des créateurs spécialisés, des agences d’influence, des scripts courts, des hooks, des miniatures et des contenus pensés dès le départ pour être recommandés par les algorithmes.

Ce que cela change pour les marques

Les marques doivent accepter une réalité : elles ne peuvent plus compter uniquement sur la conversation organique des utilisateurs. Si les internautes publient moins spontanément, il faut provoquer la visibilité autrement.

Cela peut passer par des partenariats avec des créateurs, mais aussi par des communautés plus solides, des programmes ambassadeurs, des contenus utiles, des expériences partageables, du social commerce ou des formats éditoriaux plus proches des usages réels.

La mauvaise réponse serait de produire toujours plus de contenus publicitaires. La bonne réponse consiste plutôt à comprendre pourquoi les utilisateurs regardent, ce qu’ils partagent en privé, ce qui les fait réagir et quels créateurs inspirent encore de la confiance.

Le web social n’est pas mort, il change de nature

Le scroll passif ne tue pas forcément le web social. Il le transforme. Les réseaux deviennent moins des espaces de publication personnelle généralisée et davantage des plateformes hybrides : divertissement, information, commerce, messagerie, recommandation, veille, communautés fermées et consommation culturelle.

La part vraiment “sociale” se déplace vers les messages privés, les groupes, les communautés restreintes et les interactions autour des créateurs. Le feed public, lui, devient de plus en plus un média algorithmique.

C’est peut-être là que se joue la mutation la plus importante. Le web social des années 2010 reposait sur la promesse que chacun pouvait publier. Le web social de 2026 repose davantage sur une autre promesse : chacun peut recevoir un flux parfaitement adapté à ses intérêts, même s’il ne publie rien.

Ce qu’il faut retenir

  • La France compte 51,5 millions d’identités utilisatrices des réseaux sociaux, soit 77,2 % de la population.
  • Les Français passent en moyenne 12 h 32 par semaine sur les réseaux sociaux.
  • Seuls 11,7 % des utilisateurs citent encore la création de contenu comme raison d’utiliser les réseaux, un chiffre en baisse d’environ 5 points en cinq ans.
  • TikTok est la plateforme la plus chronophage, avec environ 1 h 33 par jour en moyenne sur Android en France.
  • Le scroll passif progresse, porté par la vidéo courte, les recommandations algorithmiques et la baisse des publications personnelles publiques.
  • Les marques deviennent plus dépendantes des créateurs, car les utilisateurs ordinaires publient moins spontanément.
  • Le web social ne disparaît pas, mais il se déplace vers les messages privés, les communautés fermées et les flux de recommandation.

En définitive, les Français ne quittent pas les réseaux sociaux. Ils y sont toujours massivement présents, mais leur rôle change. Ils sont moins nombreux à vouloir produire du contenu public, et beaucoup plus nombreux à consommer des flux. Cette évolution ne signe pas la mort du web social, mais la fin d’une illusion : celle d’un espace où tout le monde publierait à égalité. En 2026, les réseaux ressemblent de plus en plus à des médias personnalisés, alimentés par une minorité de créateurs et regardés par une majorité silencieuse.

Sources

Bertrand Marquette

Expert en marketing web, SEO et influence digitale, Bertrand décrypte les stratégies de visibilité utilisées par les marques, médias et créateurs de contenu. Spécialiste de l’acquisition d’audience, de la monétisation et des nouveaux leviers d’influence, il analyse l’évolution du marketing d’influence, de la creator economy et des tendances qui façonnent la communication digitale.

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