Nabilla Vergara, Maddy Burciaga et Jessica Thivenin cumulent à elles trois près de 19 millions d’abonnés sur Instagram. Depuis qu’elles sont devenues mères, leur vie familiale apparaît aussi régulièrement dans les contenus qu’elles partagent avec leur communauté. Une évolution naturelle pour des personnalités qui racontent leur quotidien depuis des années, mais qui pose une question nouvelle : que signifie grandir lorsque des milliers, parfois des millions de personnes connaissent déjà votre visage avant même que vous puissiez décider de votre présence sur Internet ?
Sommaire
Ils ne sont pas influenceurs. Ils n’ont pas créé de compte Instagram pour raconter leur quotidien. Ils n’ont signé aucun contrat avec une agence et n’ont probablement aucune idée précise de ce que représente une communauté de plusieurs millions de personnes.
Pourtant, les enfants de certaines des personnalités françaises les plus suivies sur les réseaux sociaux sont déjà reconnaissables par une partie du public.
Le phénomène n’est évidemment pas propre à Nabilla, Maddy Burciaga ou Jessica Thivenin. Des milliers de parents publient des photos de leurs enfants sur Instagram, Facebook ou TikTok. La différence réside dans l’échelle.
Au moment de la consultation de leurs profils en juillet 2026, Nabilla rassemble environ 10 millions d’abonnés sur Instagram, Jessica Thivenin près de 6 millions et Maddy Burciaga environ 3 millions. Lorsqu’une photo familiale apparaît sur de tels comptes, elle ne reste plus dans un cercle composé de quelques proches : elle peut potentiellement être vue par une audience comparable à celle de certains grands médias.
La question n’est donc pas de déterminer si ces influenceuses sont de « bonnes » ou de « mauvaises » mères. Rien ne permet de porter un tel jugement. Elle est plutôt de réfléchir à une situation totalement nouvelle dans l’histoire de l’enfance : celle de mineurs dont une partie de la vie peut devenir publique avant même qu’ils soient suffisamment âgés pour comprendre ce que signifie être connu sur Internet.
Nabilla, Maddy Burciaga et Jessica Thivenin ont construit leur succès en racontant leur quotidien
Pour comprendre le phénomène, il faut revenir au modèle même qui a fait le succès de ces personnalités.
Nabilla Vergara, Jessica Thivenin et Maddy Burciaga ont toutes développé une relation particulièrement forte avec leur communauté en partageant une partie importante de leur vie personnelle.
Relations amoureuses, mariages, déménagements, voyages, grossesses, naissances et vie de famille : les abonnés qui les suivent depuis plusieurs années ont vu leur quotidien évoluer.
Lorsque ces influenceuses deviennent mères, il peut donc sembler naturel que la maternité trouve elle aussi une place dans leurs contenus.
C’est précisément ce qui rend le débat complexe.
Pour leur communauté, voir apparaître leurs enfants peut être perçu comme la continuité d’une histoire suivie depuis des années. Certains abonnés ont découvert ces personnalités célibataires, les ont vues rencontrer leur conjoint, annoncer une grossesse puis devenir parents.
Le public a parfois le sentiment de connaître la famille.
Mais l’enfant, lui, arrive dans une histoire numérique qui existait bien avant sa naissance.
Près de 19 millions d’abonnés cumulés sur Instagram
L’audience change complètement la dimension du partage familial.
Une mère qui envoie une photo de son enfant dans un groupe privé composé de vingt membres de sa famille ne se trouve évidemment pas dans la même situation qu’une personnalité publique qui partage une image auprès de plusieurs millions d’abonnés.
Dans le second cas, la photographie peut être enregistrée, capturée, repartagée, commentée ou publiée sur d’autres plateformes.
Elle peut également être reprise par des comptes consacrés à l’actualité des influenceurs, apparaître dans les résultats des moteurs de recherche ou rester accessible plusieurs années après sa publication initiale.
C’est là que l’enfant devient progressivement un personnage de l’univers numérique de ses parents.
Le public peut connaître son prénom, reconnaître son visage et suivre certaines étapes de son enfance alors que lui-même n’a jamais réellement demandé à disposer d’une audience.
Un enfant peut-il réellement consentir à être exposé sur Instagram ?
C’est probablement la question centrale.
Un très jeune enfant ne peut pas mesurer les conséquences d’une publication destinée à plusieurs millions de personnes.
Il peut sourire devant un téléphone, accepter d’être photographié ou avoir envie d’apparaître dans une vidéo. Cela ne signifie pas nécessairement qu’il comprend que cette image pourra être regardée, copiée ou conservée par des inconnus pendant des années.
La législation française a précisément commencé à intégrer cette nouvelle réalité.
Depuis la loi du 19 février 2024 visant à garantir le respect du droit à l’image des enfants, le Code civil précise que les parents doivent protéger ensemble le droit à l’image de leur enfant mineur dans le respect de sa vie privée.
Le texte prévoit également que l’enfant doit être associé aux décisions concernant son image en fonction de son âge et de son degré de maturité.
Ce principe introduit une idée importante : le droit à l’image n’appartient pas aux parents. Il appartient d’abord à l’enfant, même lorsque les parents sont chargés de le protéger pendant sa minorité.
La France a commencé à encadrer spécifiquement les enfants présents dans les contenus en ligne
Le législateur français s’intéresse depuis plusieurs années à la présence des enfants dans l’économie des plateformes.
Une première loi adoptée en octobre 2020 a encadré l’exploitation commerciale de l’image des enfants de moins de 16 ans sur les plateformes en ligne.
Elle vise notamment les situations dans lesquelles l’activité numérique d’un enfant atteint une fréquence ou génère des revenus suffisamment importants pour entrer dans un cadre comparable à une activité professionnelle.
Il faut toutefois distinguer deux situations.
Un parent qui publie occasionnellement une photo familiale n’entre pas automatiquement dans le régime applicable aux « enfants influenceurs ».
La question devient différente lorsque l’image d’un enfant occupe une place centrale et régulière dans une activité économique générant des revenus.
Cette frontière peut devenir particulièrement difficile à tracer dans l’univers de l’influence, où la vie privée et l’activité professionnelle sont parfois mélangées dans le même fil Instagram.
Une photo familiale peut aussi apparaître entre deux partenariats commerciaux
C’est l’une des particularités du métier d’influenceur.
Sur un même compte peuvent se succéder une photographie de vacances, une vidéo avec les enfants, un placement de produit, une story consacrée au quotidien puis une collaboration rémunérée avec une marque.
La frontière entre espace personnel et espace professionnel devient beaucoup moins claire que dans les médias traditionnels.
L’enfant peut ainsi apparaître dans l’environnement général d’un compte dont l’audience constitue elle-même la principale valeur économique.
Cela ne signifie pas que chaque apparition d’un enfant est monétisée.
Mais dans une économie où la proximité, l’authenticité et le sentiment d’accéder aux coulisses de la vie d’un créateur participent directement à l’engagement de la communauté, la famille peut involontairement devenir une composante de l’image publique du compte.
C’est précisément ce qui rend le sujet plus complexe qu’un simple placement de produit.
Le « sharenting » ne concerne pas uniquement les influenceurs
La CNIL utilise le terme « sharenting », contraction des mots anglais sharing et parenting, pour désigner la pratique consistant pour des parents à publier des photos ou des vidéos de leurs enfants sur les réseaux sociaux.
Le phénomène concerne évidemment des millions de familles qui n’ont aucune activité d’influence.
La CNIL rappelle néanmoins que ces publications peuvent avoir des conséquences sur la vie privée des enfants et recommande notamment de limiter la visibilité des contenus, de demander l’avis de l’enfant lorsqu’il est en âge de le donner et de sélectionner avec attention les images diffusées.
Le problème posé par les grands influenceurs est donc moins la nature de la pratique que son changement d’échelle.
Une publication destinée à plusieurs millions d’abonnés multiplie mécaniquement le nombre de personnes susceptibles de voir, enregistrer ou redistribuer une image.
Les parents influenceurs sont eux-mêmes confrontés à un dilemme inédit
Il serait néanmoins trop facile de présenter tous les parents influenceurs comme irresponsables.
Eux aussi évoluent dans un environnement qui n’existait pratiquement pas il y a quinze ans.
Lorsqu’ils ont commencé à publier leur quotidien, beaucoup n’imaginaient probablement pas que leur audience atteindrait un jour plusieurs millions de personnes.
Une fois devenus parents, ils se retrouvent face à une décision difficile : continuer à montrer leur vraie vie en intégrant naturellement leurs enfants, ou créer soudainement une frontière stricte entre leur personnalité publique et leur famille.
Certaines personnalités choisissent de cacher systématiquement le visage de leurs enfants. D’autres limitent progressivement leur exposition. D’autres encore continuent de partager leur quotidien familial.
Il n’existe pas une seule réponse universelle.
Mais plus l’audience grandit, plus la responsabilité associée à chaque publication devient importante.
Le risque n’est plus seulement qu’une photographie soit enregistrée
L’arrivée de l’intelligence artificielle ajoute désormais une nouvelle dimension au problème.
Une photographie publique peut aujourd’hui être modifiée, détournée ou utilisée pour générer de fausses images extrêmement réalistes.
La CNIL alerte d’ailleurs sur la progression des hypertrucages, plus connus sous le nom de deepfakes, qui peuvent porter atteinte à la vie privée et à la réputation des personnes représentées.
Cette évolution modifie profondément la manière de réfléchir à l’exposition des enfants.
Il y a quelques années, le principal risque associé à une photo publique était qu’elle soit téléchargée ou repartagée.
Aujourd’hui, un visage disponible publiquement peut potentiellement devenir une matière première pour des outils génératifs.
Le sujet devient d’autant plus sensible lorsque les personnes concernées sont mineures.
Internet n’oublie pas forcément l’enfance
La question se posera surtout dans plusieurs années.
Que penseront ces enfants devenus adolescents lorsqu’ils découvriront que des milliers de personnes ont vu leurs premiers anniversaires, leurs vacances ou certains moments de leur quotidien ?
Certains n’y verront peut-être aucun problème.
D’autres pourraient au contraire souhaiter reprendre le contrôle sur une identité numérique construite avant même qu’ils soient capables de l’utiliser.
C’est tout le paradoxe du phénomène.
Les parents publient généralement ces images parce qu’ils sont fiers de leurs enfants et souhaitent partager des moments heureux.
Mais une publication faite avec une intention positive peut malgré tout créer une empreinte numérique durable.
Les enfants ne sont pas responsables de la célébrité de leurs parents
Nabilla, Maddy Burciaga et Jessica Thivenin ont choisi une vie publique.
Elles ont développé leurs communautés et accepté qu’une partie de leur quotidien soit commentée par des inconnus.
Leurs enfants n’ont évidemment pas effectué le même choix.
C’est cette différence qui doit rester au centre du débat.
Être l’enfant d’une personnalité connue entraîne presque nécessairement une certaine forme de visibilité. Ce phénomène existait d’ailleurs bien avant Instagram : les enfants d’acteurs, de chanteurs ou de sportifs célèbres ont toujours intéressé la presse.
Les réseaux sociaux ont toutefois supprimé plusieurs intermédiaires.
Les parents peuvent désormais diffuser eux-mêmes des images de leur famille instantanément et directement auprès de millions de personnes.
La fréquence de cette exposition peut donc être beaucoup plus importante qu’à l’époque où une famille célèbre apparaissait occasionnellement dans les pages d’un magazine.
Les réseaux sociaux posent déjà la question de la protection des plus jeunes
Le débat autour des enfants d’influenceurs s’inscrit dans une réflexion beaucoup plus large sur la place des mineurs dans l’économie des plateformes.
L’Europe réfléchit actuellement aux moyens de mieux protéger les moins de 13 ans face aux mécanismes de TikTok, YouTube et Instagram, notamment le scroll infini et les systèmes de recommandation.
D’autres pays vont encore plus loin. L’Australie a choisi d’interdire l’accès à certains réseaux sociaux aux moins de 16 ans, même si l’application concrète de cette mesure reste complexe.
Une contradiction apparaît alors progressivement.
Les États cherchent à limiter l’exposition des enfants aux plateformes, tandis que certains enfants peuvent déjà disposer d’une empreinte numérique considérable avant même d’être suffisamment âgés pour ouvrir leur propre compte.
Faut-il arrêter complètement de montrer ses enfants ?
La réponse n’est probablement pas aussi simple.
Partager une photographie familiale n’est pas automatiquement dangereux. Montrer ponctuellement son enfant ne signifie pas nécessairement transformer son enfance en contenu.
La question est davantage celle de la proportion.
Quelle quantité d’informations est rendue publique ?
Le visage de l’enfant apparaît-il quotidiennement ?
Des moments intimes ou embarrassants sont-ils diffusés ?
Peut-on identifier les lieux qu’il fréquente ?
L’enfant est-il suffisamment âgé pour exprimer son désaccord ?
Son image est-elle directement utilisée dans une opération commerciale ?
Ce sont probablement ces questions, davantage qu’une interdiction absolue, qui permettront de distinguer un partage familial occasionnel d’une véritable exposition numérique de l’enfance.
Nabilla, Maddy Burciaga et Jessica Thivenin symbolisent une génération confrontée à une question totalement nouvelle
Le cas de ces trois influenceuses est finalement emblématique d’une génération entière de créateurs.
Elles ont commencé à construire leur célébrité à une époque où Instagram et Snapchat transformaient progressivement la vie quotidienne en contenu.
Elles sont aujourd’hui devenues mères dans un monde où leur communauté continue de vouloir suivre leur histoire.
Leurs enfants deviennent ainsi, parfois presque mécaniquement, des personnages secondaires de récits numériques suivis par des millions de personnes.
Il ne s’agit pas nécessairement d’une volonté de faire de leurs enfants des influenceurs.
C’est plutôt la conséquence d’un modèle dans lequel la frontière entre la personne publique et la personne privée est devenue extrêmement fine.
Le véritable enjeu apparaîtra peut-être dans dix ou quinze ans, lorsque la première génération d’enfants ayant grandi dans les stories de parents célèbres sera suffisamment âgée pour raconter elle-même ce qu’elle pense de cette exposition.
Certains seront peut-être heureux de disposer de milliers de souvenirs numériques de leur enfance.
D’autres demanderont peut-être pourquoi autant d’inconnus connaissaient déjà leur visage, leur prénom et une partie de leur histoire avant même qu’ils aient pu prononcer le mot « Instagram ».
Pour la première fois, une génération d’enfants est en train de grandir avec une identité numérique construite parfois dès la naissance.
Et contrairement à leurs parents, ils n’ont pas nécessairement choisi de devenir des personnages des réseaux sociaux.
Sources
CNIL — Partage de photos et vidéos de votre enfant sur les réseaux sociaux : quels sont les risques ?
https://www.cnil.fr/fr/partage-de-photos-et-videos-de-votre-enfant-sur-les-reseaux-sociaux-quels-sont-les-risques
Legifrance — Loi n° 2024-120 du 19 février 2024 visant à garantir le respect du droit à l’image des enfants
https://www.legifrance.gouv.fr/jorf/id/JORFTEXT000049163317
Legifrance — Loi n° 2020-1266 du 19 octobre 2020 visant à encadrer l’exploitation commerciale de l’image d’enfants de moins de seize ans sur les plateformes en ligne
https://www.legifrance.gouv.fr/loda/id/JORFTEXT000042439054
CNIL — Hypertrucage (deepfake) : comment se protéger et signaler les contenus illicites ?
https://www.cnil.fr/fr/hypertrucage-deepfake
Instagram — Profil public de Nabilla Vergara
https://www.instagram.com/nabilla/
Instagram — Profil public de Maddy Burciaga
https://www.instagram.com/maddyburciaga/
Instagram — Profil public de Jessica Thivenin
https://www.instagram.com/jessicathivenin/













