Et si les prochains grands créateurs de contenu ne publiaient plus seulement des vidéos, mais des applications ? À New York, Los Touré et Marc Mueller développent une idée étonnante avec leur société Danger Testing : créer des apps comme des youtubeurs publient des vidéos, rechercher la viralité plutôt que la fidélité des utilisateurs et financer leur activité grâce aux marques. Après plus de 50 projets lancés, leur société a déjà levé 2,6 millions de dollars.
Sommaire
MrBeast construit des vidéos pensées pour toucher des centaines de millions de personnes. Los Touré et Marc Mueller veulent appliquer une logique comparable à un univers qui semblait jusqu’ici très éloigné de celui des influenceurs : le développement d’applications.
Les deux ingénieurs logiciels de 26 ans, installés à New York, sont les fondateurs de Danger Testing, une structure difficile à classer entre startup technologique, studio créatif et collectif de créateurs.
Leur particularité ? Ils ne cherchent pas nécessairement à construire la prochaine application utilisée quotidiennement par des centaines de millions de personnes.
Ils préfèrent créer rapidement des expériences numériques étranges, drôles ou liées à l’actualité d’Internet, puis les diffuser comme un youtubeur publierait une nouvelle vidéo.
Depuis qu’ils ont officiellement uni leurs forces en avril 2025, ils ont déjà lancé plus de 50 applications et expériences interactives.
Une stratégie suffisamment originale pour attirer les investisseurs : Danger Testing a levé à ce jour 2,6 millions de dollars auprès de fonds comme Long Journey Ventures, Asylum Ventures, Tiny VC et Common Magic.
Ils se demandent à quoi ressemblerait le « MrBeast des applications »
L’ambition de Danger Testing peut être résumée par une question posée par Marc Mueller : à quoi ressemblerait un « MrBeast des apps » ?
La référence n’est évidemment pas anodine.
MrBeast a transformé la création de vidéos YouTube en une véritable industrie. Chaque nouvelle publication est pensée comme un événement, avec des concepts immédiatement compréhensibles, des budgets importants et une capacité à générer des millions de vues très rapidement.
Son modèle économique dépasse également largement les revenus publicitaires de YouTube. Comme Influenth l’expliquait dans son classement des influenceurs les plus riches du monde en 2026, Jimmy Donaldson a construit autour de son audience un véritable écosystème entrepreneurial comprenant notamment ses contenus, Feastables et plusieurs autres activités regroupées autour de Beast Industries.
Danger Testing veut appliquer une partie de cette logique au logiciel.
Une application ne serait plus nécessairement un produit que l’on développe pendant plusieurs années avant de chercher des utilisateurs. Elle pourrait devenir un contenu à part entière : lancée rapidement, partagée sur les réseaux sociaux, commentée pendant quelques jours puis remplacée par le projet suivant.
Plus de 50 applications lancées depuis 2025
Los Touré, dont le nom légal est Carlos Mayers, et Marc Mueller se sont rencontrés lors d’un événement consacré à la technologie en 2024.
Ils ont officiellement commencé à travailler ensemble en avril 2025.
Depuis, Danger Testing fonctionne avec un rythme qui ressemble davantage à celui d’un studio de création qu’à celui d’une startup traditionnelle.
Le duo a déjà publié plus de 50 projets. Certains prennent la forme de petits sites interactifs, d’autres ressemblent davantage à des jeux ou à des applications mobiles.
L’une de leurs créations, baptisée Performative, propose par exemple une version numérique d’un Labubu, la figurine devenue un phénomène mondial.
Lors de la polémique provoquée par les campagnes publicitaires de Friend, une startup spécialisée dans les objets connectés utilisant l’intelligence artificielle, Danger Testing avait également créé une expérience permettant aux internautes de vandaliser virtuellement des affiches inspirées de celles présentes dans le métro new-yorkais.
Quand Drake a publié de nouveaux morceaux en mai, le collectif a encore réagi en créant une fausse version de Spotify proposant de faux titres du rappeur.
L’objectif est toujours similaire : identifier rapidement un sujet culturel ou une tendance Internet, développer une expérience autour de celui-ci et donner envie aux internautes de la partager.
Leur véritable audience compte davantage que le nombre d’utilisateurs de leurs apps
C’est probablement le point qui rapproche le plus Danger Testing de la creator economy.
Dans une startup technologique classique, les investisseurs et les fondateurs surveillent des indicateurs comme le nombre de téléchargements, les utilisateurs actifs ou le taux de rétention.
Los Touré et Marc Mueller raisonnent différemment.
Leur objectif principal est de construire une communauté qui attend la prochaine création de Danger Testing.
Une application peut donc être utilisée une seule fois et malgré tout être considérée comme réussie si elle génère des captures d’écran, des conversations et des publications sur les réseaux sociaux.
Marc Mueller explique ainsi que chaque projet doit idéalement contenir un moment suffisamment étrange ou surprenant pour donner envie à l’utilisateur de faire une capture d’écran et de l’envoyer à ses amis.
Dans cette logique, l’application devient presque l’équivalent d’une vidéo virale.
Le produit n’est plus seulement le logiciel. Le produit est aussi la conversation qu’il provoque.
Ils inventent le terme « appstar » pour désigner cette nouvelle génération de créateurs
Danger Testing veut même donner un nom à cette nouvelle catégorie.
Los Touré et Marc Mueller utilisent le terme « appstar ».
Dans leur vision, un appstar serait un créateur utilisant les applications comme d’autres utilisent la vidéo, la musique, la photographie ou le podcast.
Le développement logiciel deviendrait ainsi un nouveau média créatif.
Un youtubeur imagine un concept, tourne une vidéo puis la publie. Un appstar pourrait imaginer une expérience, la développer avec l’aide de l’intelligence artificielle puis la distribuer à sa communauté.
La différence est que le public ne se contente plus de regarder le contenu : il interagit directement avec lui.
L’intelligence artificielle accélère considérablement la création d’applications
Ce modèle aurait été beaucoup plus difficile à imaginer il y a encore quelques années.
Développer une application nécessitait traditionnellement plusieurs semaines ou plusieurs mois de travail.
L’arrivée d’outils d’intelligence artificielle capables d’assister les développeurs permet désormais de réduire considérablement ce délai.
Danger Testing s’inscrit pleinement dans la tendance du vibe coding, une expression popularisée en 2025 pour désigner une nouvelle manière de programmer en s’appuyant fortement sur des assistants d’intelligence artificielle.
Les créateurs peuvent décrire ce qu’ils souhaitent obtenir, demander au modèle de générer ou modifier du code, tester le résultat puis continuer par itérations.
Des outils comme Claude Code d’Anthropic, Codex d’OpenAI, Cursor, Lovable ou Replit participent à cette transformation.
Danger Testing consacrerait d’ailleurs environ 4 000 dollars par mois à Claude Code, selon les informations communiquées à Business Insider.
La société utilise également différentes infrastructures et solutions de création comme Supabase et Figma.
Cette évolution rejoint une tendance déjà observée dans la création de contenus. Comme avec les outils génératifs présentés dans notre article sur les innovations qui transforment la création sur TikTok et Instagram, l’intelligence artificielle réduit progressivement la distance entre une idée et sa mise en ligne.
Danger Testing compte déjà six salariés à temps plein
Derrière l’apparence volontairement expérimentale du projet se trouve désormais une véritable entreprise.
Danger Testing compte six personnes travaillant à temps plein, selon Los Touré.
La société doit financer les outils d’intelligence artificielle, l’hébergement de ses projets, les logiciels de création et son équipe.
La question de la monétisation devient donc centrale.
Et sur ce point également, les deux fondateurs regardent davantage du côté des influenceurs que des startups SaaS traditionnelles.
Leur modèle économique repose principalement sur les partenariats avec les marques
Pour le moment, Danger Testing mise notamment sur un modèle particulièrement connu dans la creator economy : le partenariat sponsorisé.
Une entreprise peut financer la création d’une expérience interactive conçue spécialement pour attirer l’attention sur sa marque ou son produit.
L’un des premiers partenariats cités par Business Insider concerne Superwhisper, une entreprise développant une solution de transcription vocale.
Danger Testing a imaginé dans ce cadre une sorte de talkie-walkie numérique.
La logique rappelle celle d’un placement de produit réalisé par un influenceur, avec une différence majeure : au lieu d’intégrer la marque dans une vidéo, le collectif construit un logiciel avec lequel les internautes peuvent directement interagir.
Pour les annonceurs technologiques, ce format peut devenir particulièrement intéressant.
Une startup spécialisée dans l’intelligence artificielle ou le logiciel dispose parfois d’un produit techniquement complexe mais difficile à présenter de manière spectaculaire sur TikTok ou Instagram.
Un collectif comme Danger Testing peut transformer cette technologie en expérience suffisamment originale pour devenir elle-même un contenu.
Après les vidéos et les podcasts, les applications peuvent-elles devenir un nouveau contenu ?
C’est toute la question posée par cette expérience.
La creator economy s’est historiquement construite autour de plusieurs grands formats.
YouTube a permis l’émergence des vidéastes. Instagram a accéléré le développement des créateurs visuels. Twitch a professionnalisé le livestream. TikTok a transformé la vidéo verticale en industrie mondiale.
Les podcasts ont ensuite permis à une nouvelle génération de personnalités de construire des médias autour de leur voix.
Danger Testing parie que les applications interactives pourraient devenir une nouvelle couche de cette économie.
Le public ne suivrait plus seulement une personne pour regarder ses prochaines vidéos, mais pour découvrir et tester son prochain logiciel.
À mesure que l’intelligence artificielle facilite le développement, la création d’une application pourrait progressivement devenir aussi accessible que le montage d’une vidéo l’est devenu avec les smartphones et les applications mobiles.
Leur objectif à terme : devenir une sorte de maison de disques pour développeurs-créateurs
Los Touré et Marc Mueller ne veulent pas nécessairement rester seuls.
À terme, Danger Testing imagine une structure comparable à une agence ou même à une maison de disques capable d’accompagner d’autres créateurs spécialisés dans le développement d’applications.
Le parallèle avec l’industrie musicale est régulièrement utilisé par le duo.
Une maison de disques accompagne des artistes qui publient des morceaux et construisent leur communauté.
Danger Testing pourrait faire la même chose avec des développeurs capables de publier régulièrement des expériences numériques.
Ces futurs « appstars » disposeraient alors de leur propre audience, de leur style et de leur univers, exactement comme les créateurs présents aujourd’hui sur YouTube ou TikTok.
2,6 millions de dollars pour parier sur une nouvelle forme de creator economy
Il est encore beaucoup trop tôt pour savoir si les appstars deviendront réellement une nouvelle catégorie majeure de créateurs.
Mais plusieurs investisseurs semblent déjà prêts à tester cette hypothèse.
Danger Testing a levé 2,6 millions de dollars auprès de Long Journey Ventures, Asylum Ventures, Tiny VC et Common Magic.
Cette levée permet à la société de poursuivre une stratégie inhabituelle dans le monde des startups : multiplier les créations plutôt que concentrer toutes ses ressources sur un seul produit.
L’entreprise cherche davantage à construire une marque et une audience qu’à transformer chacune de ses applications en société indépendante.
En cela, Los Touré et Marc Mueller ressemblent effectivement davantage à des créateurs de contenu qu’à des fondateurs traditionnels de startups.
Le prochain MrBeast sera-t-il un développeur ?
La comparaison avec MrBeast peut évidemment sembler disproportionnée aujourd’hui.
Danger Testing reste une jeune structure et ses fondateurs sont très loin de l’audience mondiale atteinte par le youtubeur américain.
Mais la question soulevée par leur modèle est intéressante.
Lorsque la vidéo est devenue simple à produire et à distribuer, YouTube a fait émerger des créateurs capables de bâtir des entreprises valorisées plusieurs milliards de dollars.
Lorsque les smartphones ont démocratisé la photographie et la vidéo verticale, Instagram puis TikTok ont créé leurs propres générations de stars.
L’intelligence artificielle est peut-être en train de produire une transformation comparable dans le développement logiciel.
Si créer une application devient suffisamment rapide pour qu’un individu puisse en publier plusieurs chaque mois, le développeur pourrait progressivement adopter les codes du créateur : une communauté, des publications régulières, des collaborations commerciales et une identité personnelle forte.
Avec plus de 50 applications déjà lancées, six salariés et 2,6 millions de dollars levés, Danger Testing veut être parmi les premiers à tester ce modèle.
Los Touré et Marc Mueller ne cherchent donc peut-être pas seulement à créer la prochaine application virale.
Ils veulent démontrer que demain, l’application elle-même pourrait devenir un contenu et que celui qui la développe pourrait devenir une star.















