Comment TikTok transforme l’industrie cosmétique : le phénomène “TikTok Made Me Buy It”

Par : Soraya
Publié le : 10.12.2025
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Femme souriante avec nœud rose, expression enthousiaste en magasin

Le paysage du commerce cosmétique connaît une mutation profonde. Les réseaux sociaux ne se contentent plus de promouvoir des produits, ils deviennent des lieux d’achat directs. Cette transformation s’incarne particulièrement à travers le phénomène « TikTok Made Me Buy It », où les utilisateurs partagent leurs découvertes et déclenchent des vagues d’achats impulsifs. Aux États-Unis, la plateforme s’est imposée comme le neuvième plus grand détaillant en ligne de produits de beauté, devançant des acteurs majeurs du secteur. Une statistique révèle l’ampleur du changement : 89% des utilisateurs ont acheté des cosmétiques après les avoir vus sur l’application. En mars 2025, la France accueille officiellement cette révolution avec l’arrivée de la fonctionnalité e-commerce intégrée. Les comportements d’achat se réinventent complètement, passant d’un parcours réfléchi à une expérience instantanée et émotionnelle. L’industrie cosmétique française s’apprête à vivre une transformation sans précédent, où le scroll remplace le shopping traditionnel.

Le modèle chinois du social commerce : les origines du phénomène

La révolution que nous observons aujourd’hui trouve ses racines en Chine, sur Douyin, la version chinoise de la plateforme. Ce modèle précurseur a démontré la puissance du commerce social avant que l’Occident n’en saisisse l’ampleur. Les chiffres témoignent d’une adoption massive : en 2023, environ 600 millions de Chinois ont utilisé le commerce en direct, soit 54,7% de la population connectée du pays.

Le concept de shoppertainment fusionne shopping et divertissement dans une expérience unique. Des sessions animées par des personnalités, des célébrités ou des vendeurs professionnels transforment l’achat en spectacle. Les spectateurs interagissent en temps réel, posent leurs questions, et visualisent les produits sous tous les angles. Cette proximité crée une relation de confiance qui facilite la décision d’achat.

Des figures emblématiques illustrent le potentiel de ce format. Li Jiaqi, surnommé le roi du rouge à lèvres, peut générer plusieurs millions d’euros de ventes lors d’une seule soirée. Sa capacité à attester les produits, à créer l’urgence et à maintenir l’engagement de son audience redéfinit les codes traditionnels du commerce. Ces performances impressionnantes ne relèvent pas du hasard mais d’une maîtrise parfaite des mécaniques de la plateforme.

Lors du premier grand sommet e-commerce organisé aux États-Unis en 2024, la stratégie de conquête occidentale s’est clairement dessinée. Les responsables ont affiché leur volonté de transposer les méthodes éprouvées sur Douyin vers les marchés américains et européens. Cette ambition s’appuie sur l’observation des comportements des utilisateurs et l’adaptation des formats aux spécificités culturelles locales.

Le succès du modèle chinois repose sur plusieurs piliers fondamentaux. L’interaction en temps réel permet aux spectateurs de lever leurs doutes instantanément. La démonstration visuelle du produit sous différents angles rassure sur sa qualité. L’urgence créée par les offres limitées dans le temps pousse à l’acte d’achat immédiat. Cette combinaison transforme le spectateur passif en acheteur actif.

La dimension communautaire joue également un rôle central dans cette mécanique. Les sessions de vente en direct créent un sentiment d’appartenance à un groupe partageant les mêmes centres d’intérêt. Les commentaires fusent, les réactions s’enchaînent, et une dynamique collective s’installe. Cette effervescence collective amplifie le désir d’achat et crée une émulation favorable à la conversion.

TikTok Shop : fonctionnement et déploiement international

La fonctionnalité commerciale s’articule autour de quatre formats complémentaires. Les vidéos shoppables intègrent des liens d’achat directement dans le contenu, permettant une transaction sans quitter l’application. Cette fluidité du parcours élimine les frictions habituelles entre la découverte et l’acquisition. Le consommateur passe de l’inspiration à la possession en quelques gestes.

Le live shopping modernise le concept du téléachat en y ajoutant l’interactivité. Les sessions en direct permettent aux créateurs de présenter les produits, de répondre aux questions, et de proposer des offres exclusives. L’onglet boutique offre à chaque créateur ou marque un espace commercial personnalisé, éliminant les redirections vers des sites externes. Cette intégration complète transforme chaque profil en point de vente.

Le paiement intégré constitue l’innovation majeure de ce système. L’achat se finalise directement via l’application, sans redirection vers un site tiers. Cette suppression des étapes intermédiaires augmente significativement les taux de conversion. La simplicité du processus favorise les achats impulsifs et réduit les abandons de panier.

Le déploiement au Royaume-Uni en 2021 a rencontré des obstacles initiaux. Le public britannique n’était pas habitué au commerce en direct, les créateurs manquaient de formation à la vente, et la logistique posait des défis complexes. Face à ces difficultés, des adaptations ont été nécessaires. Des formations spécifiques accompagnées de bonus ont été mises en place pour les créateurs. Un focus sur des niches porteuses comme la beauté, les accessoires et la mode a permis de construire des bases solides.

Les partenariats logistiques avec des acteurs locaux ont résolu les problèmes de livraison. Cette approche progressive a porté ses fruits : en 2024, la fonctionnalité est devenue incontournable pour les petites marques britanniques. L’expérience acquise sur ce marché a servi de laboratoire pour les déploiements ultérieurs.

L’arrivée aux États-Unis en 2023 a connu un succès fulgurant. Les créateurs américains maîtrisaient déjà la monétisation de leur contenu. Le public acceptait les achats impulsifs. L’émergence de marques nativement digitales, nées directement sur la plateforme, a accéléré l’adoption. Ces entreprises ont construit leur notoriété exclusivement via ce canal, démontrant la viabilité de ce nouveau modèle commercial.

La performance américaine impressionne : le neuvième plus grand détaillant en ligne de produits de beauté, surpassant des géants établis. Cette position témoigne de l’appétit des consommateurs pour ce format d’achat. En mars 2025, la France accueille à son tour cette innovation. Le marché français présente des spécificités culturelles et réglementaires qui nécessiteront des adaptations, mais l’ambition reste intacte.

La révolution du parcours d’achat cosmétique

Le scroll devient transactionnel, transformant radicalement la relation entre contenu et commerce. La vidéo n’est plus simplement un support de communication mais un tunnel de vente complet. Cette fusion redéfinit les codes du marketing cosmétique traditionnel. Le consommateur découvre un produit et peut l’acquérir instantanément sans quitter son fil d’actualité.

Le tunnel traditionnel comprenait plusieurs étapes distinctes : la découverte, la considération, la recherche d’informations, la décision, l’achat, puis la fidélisation. Ce processus, qui s’étalait sur des jours ou des semaines, se condense désormais en quelques secondes. La barrière entre le désir et l’acte d’achat s’effondre, créant une immédiateté qui bouleverse les stratégies commerciales établies.

L’achat devient impulsif et émotionnel plutôt que rationnel et planifié. La découverte instantanée génère une émotion immédiate qui court-circuite la réflexion habituelle. Un produit apparaît dans le fil, suscite l’envie, et la transaction se réalise dans la foulée. Cette spontanéité contraste fortement avec le parcours d’achat cosmétique traditionnel, où le consommateur comparait longuement avant de décider.

Le FOMO, cette peur de manquer une opportunité, devient un puissant levier d’achat. Les promotions flash, les éditions limitées, et les produits viraux créent un sentiment d’urgence artificiel. Les créateurs maîtrisent parfaitement ces mécanismes psychologiques. Ils annoncent des stocks limités, des offres temporaires, ou des bonus exclusifs pour les premiers acheteurs. Cette pression temporelle pousse à l’achat sans réflexion approfondie.

L’ordre traditionnel s’inverse : le besoin ne précède plus l’acquisition. Auparavant, un consommateur identifiait un manque puis cherchait la solution. Désormais, il découvre un produit avant même de ressentir le besoin. La vidéo crée le désir là où il n’existait pas. Cette inversion fondamentale explique l’explosion des achats cosmétiques impulsifs sur la plateforme.

Le phénomène « TikTok made me buy it » illustre cette transformation. Des millions d’utilisateurs partagent leurs acquisitions motivées uniquement par une vidéo vue en scrollant. Beaucoup reconnaissent ensuite qu’ils n’avaient pas réellement besoin du produit. Cette prise de conscience post-achat révèle la puissance émotionnelle du format vidéo court. L’urgence et l’attractivité visuelle l’emportent sur la raison.

TikTok comme nouveau moteur de recherche beauté

La plateforme dépasse désormais sa fonction initiale de réseau social pour devenir un véritable outil de recherche cosmétique. Les consommateurs consultent les vidéos avant même de visiter le site d’une marque. Ils cherchent à voir les avis réels, les démonstrations d’application, et les rendus sur différentes carnations. Cette étape préalable s’impose comme incontournable dans le parcours d’achat moderne.

Les recommandations sociales priment désormais sur les spécifications techniques. Les ingrédients, les promesses marketing, et les arguments scientifiques passent au second plan. Ce qui compte réellement, c’est ce que les autres utilisateurs en disent. Un produit peut posséder une formulation exceptionnelle, si les retours vidéos sont négatifs, il échouera. Cette primauté du social sur le technique bouleverse les stratégies de lancement.

Les commentaires et les démonstrations sur la plateforme peuvent faire ou défaire un produit cosmétique. Un avis négatif viral se propage en quelques heures et impacte durablement l’image. À l’inverse, une recommandation enthousiaste peut propulser un produit inconnu au sommet des ventes. Les marques comprennent que leur réputation se construit désormais en grande partie sur ces espaces d’échange.

L’algorithme joue un rôle central dans cette nouvelle mécanique de recherche. Il comprend rapidement les préférences, le type de contenu apprécié, et les centres d’intérêt de chaque utilisateur. Cette compréhension fine permet de proposer des vidéos cosmétiques ultra-ciblées. Un utilisateur intéressé par les soins anti-âge naturels verra défiler du contenu spécifiquement adapté à cette recherche.

L’expérience devient ultra-personnalisée grâce au fil For You et aux interactions passées. Chaque like, commentaire, ou vidéo visionnée nourrit l’algorithme qui affine ses recommandations. Cette personnalisation crée une bulle de contenu parfaitement adaptée aux attentes individuelles. Le consommateur découvre des produits correspondant précisément à ses besoins, augmentant la probabilité de conversion.

Chaque utilisateur ne voit pas les mêmes produits cosmétiques, conduisant à une fragmentation de la consommation. Les décisions d’achat se prennent au sein de micro-niches très spécifiques. Une personne passionnée par les cosmétiques coréens vegan verra du contenu totalement différent d’une autre intéressée par le maquillage artistique. Cette segmentation pousse redéfinit la notion même de tendance cosmétique.

Le pouvoir des micro-créateurs et de l’authenticité

La plateforme révèle des profils qui n’auraient jamais émergé sur les canaux traditionnels. Des créateurs comptant seulement 2000 abonnés peuvent déclencher des centaines de ventes s’ils sont perçus comme crédibles. Cette démocratisation du pouvoir d’influence bouleverse les codes établis du marketing d’influence cosmétique. La taille de la communauté n’est plus le seul critère de performance.

L’authenticité perçue surpasse la notoriété massive. Un créateur sincère, spontané et crédible, même avec une audience modeste, performera mieux qu’une égérie célèbre détachée. Les consommateurs détectent rapidement les discours commerciaux artificiels. Ils recherchent la transparence et l’honnêteté dans les recommandations cosmétiques. Cette évolution force les marques à repenser leurs partenariats.

L’affiliation transforme chaque vidéo en opportunité de revenus. Les gros créateurs avec des millions d’abonnés comme les micro-créateurs avec quelques milliers peuvent monétiser leur contenu. Cette accessibilité financière encourage la production de contenu authentique autour des produits cosmétiques. Le modèle économique devient inclusif et favorise la diversité des voix.

L’UGC, ou contenu généré par les utilisateurs, explose sur la plateforme. Ces créateurs produisent du contenu spécifique autour de produits cosmétiques de manière spontanée et naturelle. Contrairement aux productions léchées des grandes campagnes, ces vidéos conservent une spontanéité qui résonne auprès des audiences. Le format brut et non retouché rassure et convainc davantage que les vidéos surproduites.

Le succès de l’UGC repose sur une perception d’authenticité maximale. Ces vidéos semblent émaner de véritables utilisateurs partageant leurs découvertes, pas de commerciaux déguisés. Dans un contexte où la sincérité est reine et où la vente déguisée est rejetée, les UGC performent exceptionnellement bien. Les marques cosmétiques l’ont compris et cherchent activement à stimuler ce type de contenu.

Les collaborations entre marques et micro-créateurs se multiplient. Ces partenariats permettent de toucher des audiences engagées et réceptives. La proximité entre le créateur et sa communauté facilite la recommandation. Les marques découvrent qu’investir dans cent micro-créateurs peut s’avérer plus rentable que de sponsoriser une célébrité. Cette redistribution des budgets marketing reflète une transformation profonde des stratégies cosmétiques.

La viralité et l’accélération des cycles de tendances cosmétiques

La plateforme est devenue synonyme de viralité fulgurante. Tout se déroule à une vitesse vertigineuse, avec de nouvelles tendances cosmétiques qui émergent quotidiennement. Cette effervescence permanente engendre des achats répétés et impulsifs. Les utilisateurs découvrent constamment de nouveaux produits qui sollicitent leur attention et leur porte-monnaie.

Le cycle d’achat s’accélère drastiquement. Les consommateurs n’achètent plus mensuellement lors d’une grande session shopping planifiée. Ils acquièrent désormais plusieurs fois par semaine, en petites quantités, mais avec une fréquence accrue. Cette fragmentation des achats modifie profondément les habitudes de consommation cosmétique. La planification laisse place à l’instantanéité.

Les micro-tendances se caractérisent par leur durée de vie extrêmement brève. Un produit cosmétique peut passer de l’anonymat à la célébrité en quelques heures avant de retomber dans l’oubli tout aussi rapidement. Cette volatilité crée un environnement commercial instable où anticiper devient complexe. Les marques doivent développer une agilité inédite pour capitaliser sur ces vagues éphémères.

L’utilisation intensive des hashtags et des challenges accélère la propagation des tendances. Un simple mot-clé peut regrouper des millions de vidéos autour d’un même thème cosmétique. Cette concentration crée un effet d’entraînement massif. Chaque créateur apportant sa variation, la tendance s’enrichit et se diffuse de manière exponentielle. L’effet boule de neige devient incontrôlable.

Le format vidéo court favorise une consommation addictive et rapide. Les utilisateurs visionnent des dizaines de vidéos en quelques minutes, chacune présentant un nouveau produit potentiellement désirable. Cette surexposition stimule constamment l’envie d’acheter. L’algorithme amplifie cette dynamique en proposant continuellement du contenu aligné sur les centres d’intérêt détectés.

L’influence des créateurs apparaît comme plus authentique que celle des célébrités traditionnelles. Cette perception renforce l’impact de leurs recommandations cosmétiques. Les utilisateurs se sentent proches de ces personnalités accessibles qui partagent leur quotidien. Cette proximité virtuelle crée une confiance qui facilite l’adhésion aux suggestions d’achat. La frontière entre ami et influenceur devient floue.

Les conséquences sur l’industrie cosmétique sont spectaculaires. Des produits connaissent des ruptures de stock en quelques heures suite à leur viralité. Les marques doivent maintenir des stocks importants ou accepter de frustrer leur clientèle. Cette imprévisibilité complique la gestion des approvisionnements et la planification de la production. Le modèle industriel traditionnel peine à suivre ce rythme effréné.

Les défis de l’adaptation au marché français

Le contexte français présente des spécificités qui complexifient le déploiement. Les consommateurs français manifestent une méfiance naturelle envers les nouveaux formats commerciaux. Ils nécessitent davantage de réassurance, de transparence et de preuves avant d’effectuer un achat. Cette prudence contraste avec l’enthousiasme observé aux États-Unis et impose des adaptations stratégiques.

Les réglementations européennes s’avèrent nettement plus contraignantes que les standards américains. Cette rigueur juridique protège les consommateurs mais impose des contraintes supplémentaires aux acteurs du commerce social. Les marques doivent naviguer dans un environnement légal complexe où chaque écart peut coûter cher.

  • La mention obligatoire pour les collaborations commerciales impose aux créateurs d’indiquer clairement la nature publicitaire du contenu
  • Les normes cosmétiques strictes exigent des tests de sécurité complets, des listes INCI exhaustives et une traçabilité rigoureuse des ingrédients
  • Le RGPD impose une protection des données personnelles selon des standards européens parmi les plus exigeants au monde

La transparence devient la clé du succès sur le marché français. Avec la méfiance croissante envers les influenceurs, l’authenticité et la clarté deviennent non négociables. Les créateurs doivent clairement identifier leurs partenariats commerciaux. Les marques doivent communiquer de manière honnête sur la composition et l’origine de leurs produits. Cette exigence éthique peut devenir un avantage concurrentiel pour les acteurs vertueux.

Aux États-Unis, la Federal Trade Commission a commencé à encadrer plus strictement les contenus sponsorisés. Cette évolution réglementaire américaine préfigure ce qui attend l’Europe. Les autorités françaises observent attentivement ces développements et préparent un cadre adapté. L’anticipation de ces contraintes permettra aux marques visionnaires de se positionner favorablement.

L’Europe pourrait imposer un modèle de commerce social plus responsable que celui pratiqué ailleurs. Cette approche réglementaire stricte pourrait devenir un atout pour les marques éthiques et transparentes. Les entreprises qui intègrent dès maintenant ces principes dans leur ADN gagneront la confiance des consommateurs français. Le respect des normes deviendra un argument commercial différenciant.

L’adaptation au marché français nécessite donc une approche spécifique. Les stratégies qui fonctionnent aux États-Unis ne peuvent être simplement dupliquées. Les marques doivent comprendre les attentes locales, respecter les cadres réglementaires, et construire une relation de confiance avec des consommateurs naturellement prudents. Cette adaptation exige du temps, des ressources, mais garantit une implantation durable sur ce marché exigeant.

Les enjeux éthiques et environnementaux

Le phénomène « Sephora Kids » illustre les dérives potentielles du commerce social. Des jeunes filles, adolescentes ou pré-adolescentes, achètent des produits cosmétiques après avoir vu des vidéos, sans que ces produits soient adaptés à leur âge. Cette situation soulève des questions éthiques majeures concernant la protection des mineurs sur les plateformes commerciales.

Comment protéger cette jeune population particulièrement influençable et qui manque de recul critique ? Les mécanismes actuels ne suffisent pas à filtrer efficacement les contenus et les transactions. Des solutions commencent à émerger : interdire certains contenus cosmétiques aux mineurs, exiger une autorisation parentale pour les achats, ou mettre en place des garde-fous technologiques. Chaque option présente des avantages et des complexités techniques.

Le risque d’hyper-consommation plane sur l’ensemble des utilisateurs, pas seulement les plus jeunes. La plateforme peut encourager des achats compulsifs répétés, sans réel besoin. Cette sollicitation permanente crée un environnement propice à des comportements addictifs. Les créateurs eux-mêmes risquent le burn-out face à la pression constante de produire du contenu performant.

La perte de sens guette ce modèle commercial. L’achat devient une fin en soi plutôt qu’une réponse à un besoin réel. Cette déconnexion entre désir et utilité pose des questions philosophiques sur notre rapport à la consommation. Les produits cosmétiques s’accumulent dans les salles de bains, souvent à peine utilisés, témoignant d’achats impulsifs regrettés. Cette accumulation interpelle sur la soutenabilité du système.

Les défis environnementaux constituent un autre versant préoccupant. L’accélération du cycle des tendances cosmétiques pose des questions écologiques fondamentales. La fast fashion, déjà critiquée pour son empreinte carbone, trouve son équivalent dans la fast beauty. La production massive de cosmétiques destinés à une utilisation brève génère une pollution considérable.

Les micro-tendances poussent la fast beauty à l’extrême. Des produits sont créés, produits, expédiés et abandonnés en quelques semaines. Cette obsolescence accélérée multiplie les déchets d’emballages, les produits non terminés jetés, et les émissions liées au transport. L’impact environnemental de ce cycle effréné devient difficile à ignorer pour une génération sensibilisée aux enjeux climatiques.

Le risque d’encourager une consommation excessive chez les jeunes utilisateurs préoccupe les observateurs. Cette génération, particulièrement exposée aux contenus viraux, développe potentiellement des habitudes d’achat peu réfléchies qui perdureront. L’éducation à une consommation responsable devient cruciale pour contrebalancer les messages incitatifs permanents.

Un équilibre doit se trouver entre puissance commerciale et responsabilité sociétale. Profiter de l’efficacité du commerce social sans tomber dans les travers de la surconsommation représente le défi majeur. Des opportunités existent pour bâtir un commerce plus humain, incarné et transparent. Les consommateurs sont réceptifs à l’authenticité et valorisent les marques qui respectent leurs valeurs. Cette sensibilité ouvre la voie à un modèle plus vertueux.

L’avenir de TikTok Shop dans la cosmétique française

L’émergence de marques 100% natives de la plateforme se profile clairement. Ces entreprises ne vendront qu’à travers ce canal, sans site e-commerce classique ni présence en boutique physique. Elles s’appuieront exclusivement sur les codes spécifiques de l’écosystème : contenu viral, création communautaire, sessions de vente en direct. Cette approche radicale redéfinit le modèle de distribution cosmétique.

Le live shopping s’imposera comme format clé, particulièrement lors d’événements commerciaux majeurs. Le Black Friday, les French Days et la Cyber Week deviendront des moments privilégiés pour des sessions exceptionnelles. Les marques pousseront des bonus, des exclusivités et des éditions limitées pendant ces directs pour créer un sentiment d’urgence et d’excitation. Ces rendez-vous commerciaux généreront des pics de ventes spectaculaires.

L’intégration de l’intelligence artificielle réformera l’expérience d’achat. L’analyse des données comportementales permettra de proposer des recommandations ultra-personnalisées en temps réel. Lors d’une session de vente en direct, l’IA pourrait suggérer à chaque utilisateur des articles différents en fonction de son profil, son type de peau, son budget et ses habitudes de consommation. Cette personnalisation augmentera massivement les taux de conversion.

  1. L’automatisation de la gestion des stocks évitera les ruptures frustrantes qui caractérisent actuellement les produits viraux
  2. L’optimisation logistique réduira les délais de livraison et améliorera l’expérience client globale
  3. La prédiction des tendances permettra aux marques d’anticiper les prochains produits à succès

La réalité augmentée transformera radicalement l’essai de produits cosmétiques. Les utilisateurs pourront tester virtuellement un rouge à lèvres, une paire de lunettes ou un fard à paupières directement depuis l’application via des filtres AR. Cette technologie permettra d’essayer des produits sur son visage en temps réel, de comparer différentes teintes, puis d’acheter immédiatement le produit préféré. L’essayage virtuel lèvera la principale barrière à l’achat en ligne de cosmétiques.

Les incertitudes futures tempèrent néanmoins cet enthousiasme. L’émergence de nouvelles plateformes concurrentes pourrait fragmenter l’audience. Chaque nouvel acteur cherchera à capter une partie de ce marché lucratif. Les créateurs et les marques devront peut-être multiplier leur présence sur différents canaux pour maintenir leur visibilité.

Le risque de lassitude du public face à l’accélération constante des tendances existe réellement. Une fatigue pourrait s’installer face à cette sollicitation permanente. Les consommateurs pourraient aspirer à des cycles plus longs, à des produits durables plutôt qu’éphémères. Cette évolution potentielle des mentalités pourrait ralentir la dynamique actuelle.

Les enjeux de régulation des réseaux sociaux pèsent sur l’avenir du commerce social. Des législations plus strictes pourraient limiter certaines pratiques actuelles. La protection des données, la transparence des publicités, et la sécurité des transactions feront l’objet d’une attention accrue des autorités. Ces contraintes réglementaires façonneront le visage futur du commerce cosmétique en ligne.

La saturation du public pourrait entraîner un retour à des cycles de mode plus traditionnels. Après une phase d’accélération extrême, un mouvement inverse pourrait privilégier la durabilité et la réflexion. Les consommateurs pourraient redécouvrir le plaisir d’acheter moins mais mieux. Cette hypothèse d’un retour de balancier reste plausible et mérite d’être considérée dans les stratégies à long terme.

Malgré ces incertitudes, la transformation engagée semble irréversible. Le commerce cosmétique ne reviendra pas à ses formats traditionnels. La fusion entre contenu et commerce, entre divertissement et transaction, correspond aux attentes d’une génération connectée. Les marques qui sauront naviguer dans cet environnement complexe, alliant performance commerciale et responsabilité éthique, construiront les succès de demain. L’avenir appartient aux acteurs capables d’innover tout en respectant les valeurs de leurs consommateurs.

Soraya

Fondatrice du média Influenth, Soraya est une jeune serial entrepreneuse passionnée par les réseaux sociaux. Depuis plus de 5 ans, elle accompagne de nombreuses marques dans leurs relations avec les influenceurs.

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