Les réseaux sociaux révolutionnent notre manière de communiquer, nous permettant d’échanger instantanément avec nos proches, de publier des photos ou vidéos, de contacter des marques… ou de commander de la drogue. Dans un article paru le 7 avril, le quotidien britannique The Guardian a mis en lumière ce phénomène qui plane sur les réseaux sociaux : les dealers investissent massivement sur Tinder, Instagram ou encore Facebook, et touchent une clientèle jeune et hyper-connectée.

Consommer de la drogue n’a jamais été aussi simple qu’à l’ère du numérique. Cette tendance a d’abord été aperçue dans des groupes fermés ou secrets de Facebook, mais aussi sur l’application de messagerie Whatsapp. Peu à peu, le phénomène s’est étendu sur la toile, atteignant de nouvelles plateformes de communication en ligne. Désormais, il suffit d’un hashtag Instagram ou d’un swipe Tinder pour accéder à une panoplie de substances illicites. The Guardian explique que la clientèle est le plus souvent âgée de moins de 16 ans, de quoi inquiéter grandement les autorités britanniques.

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Sur Instagram, des milliers de clichés de drogues diverses circulent, incluant 10 millions de publications pour le hashtag #weed, 1,5 million pour #hash, 350.000 pour #cocaïne ou encore 150.000 pour #mdma. Le choix est donc large. Certains utilisateurs du réseau social ne s’en cachent pas, en passant directement leur annonce via le hashtag #WeedForSale. Pour obtenir la substance illicite de son choix, il suffit de liker une photo et de contacter le dealer qui aura pris soin d’indiquer son numéro de téléphone dans sa description. Concernant le règlement, le paiement en ligne ou l’envoi postal sont des solutions courantes.

Sur Tinder, le processus d’achat est relativement similaire. Les dealers mettent un cliché de stupéfiants en guise de photo de profil, ou une simple description indiquant qu’ils vendent de la drogue. Le consommateur et le vendeur discutent des modalités de paiement, ce dernier pouvant être effectué par carte de crédit prépayée, ou même par l’intermédiaire d’un virement de Bitcoins. La livraison se fait généralement en main propre : Tinder étant à la base une application de rencontre, il existe un service de géolocalisation permettant aux utilisateurs de se rencontrer facilement.

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Ce phénomène ne date pas d’hier. En 2013, une enquête de la BBC révélait l’existence de plusieurs centaines de clichés de substances illicites sur Instagram, la plupart accompagnés de propositions de transactions. Fin 2015, un journaliste infiltré est même parvenu à acheter du cannabis a un dealer via Tinder, dénonçant l’accessibilité effrayante de ce genre de substances illicites. Les réseaux sociaux en avaient alors profité pour rappeler à l’ordre leurs utilisateurs, en bannissant les activités illégales. Mais quid des hashtags facilitant le commerce illicite ?

La vente de drogue sur la toile, de par son aspect illégal, rend le phénomène difficile à quantifier. Les autorités britanniques prennent néanmoins le problème au sérieux, et souhaitent sévir face à la recrudescence du nombre de jeunes touchés. « Le monde digital a transformé la disponibilité des drogues et nous devons nous adapter à ces challenges (…). La police s’engage à réduire les dommages causés par la drogue, mais elle ne peut pas le faire seule ; la prévention, l’éducation et les services santés ont tous un rôle crucial à jouer », explique le porte-parole du Conseil national des chefs de la police.

Et Karen Bradley, le secrétaire d’État chargé des questions de prévention, d’ajouter : « Nous allons travailler avec les fournisseurs d’accès Internet afin d’assurer qu’ils respectent la loi. Le cas échéant, cela peut conduire à la fermeture de sites Web basés au Royaume-Uni s’ils y commettent des infractions ».

À l’heure du tout numérique, cette solution parviendra-t-elle à réduire le trafic de drogue chez les jeunes ? L’application High There permettant aux fumeurs de cannabis de se rencontrer, ou encore Massroots aka le « Facebook du cannabis« , laissent le doute planer.